Dans le cadre des violences conjugales, l’enfant n’est pas témoin, il est victime.

Les violences faites aux enfants sont encore trop souvent reléguées au rang de « faits divers » ou dissimulées au sein des foyers. Malgré les mises en lumière médiatiques fréquentes, la conscience de la réalité des violences et la capacité à les prendre en compte, ne semblent pas progresser dans l’opinion publique.
Mobiliser la société dans son ensemble, les familles et les professionnel.le.s pour mieux lutter contre les violences faites aux enfants est une étape indispensable dans le combat que la France mène contre les violences. En signant la Convention des droits de l’enfant, la France s’est engagée à  «assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être » …

La famille est le premier lieu de socialisation et de protection des enfants. Pour autant, la famille est aussi le premier lieu dans lequel s’exercent les violences.

Introduction au premier plan interministeriel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants. 2017-2019

L’espace enfant du Centre accueille chaque année plus de

200 enfants

lire l’article du magazine ASH

Quelques chiffres

  • En 2016, 11 enfants sont décédés dans des situations de violences conjugales.
  • Dans 50 % des cas, les enfants sont témoins direct des violences conjugales.
  • Dans le cadre des appels au 119, 80% des enfants victimes de mauvais traitements sont également témoins de violences conjugales.
  • Dans les situations de violences conjugales, il y a 6 à 15 fois plus de risque de mauvais traitement sur l’enfant.
  • Les enfants victimes de violences conjugales sont des enfants pour qui le risque d’être à nouveau victime de violence dans leur vie est doublé.
  • Au centre Flora Tristan, nous accueillons chaque année près de 200 enfants

De nombreux auteurs parlent :

D’enfant « nié », « utilisé », d’enfant « petit parent », d’enfant « confident de la victime », d’enfant « confident de l’agresseur », d’enfant « petit agresseur », d’enfant « modèle »  d’enfant « arbitre », d’enfant « bouc émissaire »…etc.

Le quotidien d’un enfant victime de violences conjugales

L’enfant est victime de violences conjugales à plusieurs niveaux.

D’abord, le fait de voir ou de savoir sa mère, principale figure d’attachement, victime de violences.

Et le fait que l’auteur soit son autre principale figure d’attachement, le père.

L’enfant peut alors être pris dans un conflit de loyauté, il aime son père, c’est son père et ça le restera, mais il a conscience que son comportement est mal. L’enfant est également empli de culpabilité, il est pris dans le désir de faire du mal à son père et culpabilise de cette envie et il a le désir de protéger sa mère mais se sent accablé par la culpabilité de ne pas y parvenir.

Quand l’enfant n’est pas témoin visuel des violences il n’en est cependant pas plus protégé. Lorsqu’il est dans sa chambre, il entend : la colère, les insultes, les coups de son père sur sa mère. Il peut entendre les cris de sa mère, sa peur. Dans le cas des violences physiques, l’enfant en constate les traces sur le visage, le corps de sa mère.

L’enfant, tout comme sa mère, ne sait jamais ce qui va se passer, son père est imprévisible et tout peut arriver à n’importe quel moment. Comme la mère il est confronté à la permanence de l’auteur, l’auteur des violences est son père, ils vivent ensemble, c’est leur foyer.

Parfois l’enfant assiste aux violences, parfois il la subit lui-même, parfois il s’interpose, parfois il se réfugie dans sa chambre, sous son lit. Il vit dans l’angoisse et l’insécurité. Sa mère étant elle-même victime n’est pas en position de le rassurer, de le protéger.

A cela s’ajoute, quand l’enfant est plus grand, la honte de ce qu’il se passe à la maison et de devoir porter ce lourd secret.

Conséquences et impact des violences conjugales sur l’enfant

Tous les professionnels intervenant dans le cadre des violences conjugales font le même constat :

Les violences conjugales, quelles que soient leurs formes, ont des impacts sur les enfants, quels que soient l’âge et le sexe de l’enfant.

Nous savons que les premiers temps de vie, les toutes premières années ont une importance primordiale pour le développement psychologique de l’enfant.

De plus des besoins vitaux,  l’enfant a besoin pour grandir d’être porté, soigné, soutenu physiquement et psychiquement par ces deux parents. Ce sentiment de sécurité ne peut se faire que dans un climat suffisamment stable.

Et nous savons que lorsqu’il y a des violences conjugales, l’enfant grandit dans un climat « insécure », de conflit, de tension, de violence, de terreur, de menace, etc.…

Les enfants sont à la fois témoin, indirectement victime des violences voire parfois victime de violences directes à leur égard.

Aujourd’hui, nous parlons plus d’enfant victime que d’enfant exposé aux violences conjugales.

Ces violences ont des conséquences parfois dramatiques sur leur développement psychologique, affectif et cognitif. Ils sont exposés à des traumatismes qui peuvent se répéter dans le temps.

La majorité de ces enfants exprime ce mal être par des symptômes ou des comportements qui peuvent passer inaperçu si nous ne sommes pas suffisamment  vigilant.e.s

En effet, les professionnels auront tendance à interpréter la souffrance des enfants, leurs symptômes à travers les interactions mère/enfant ou père/enfant sans penser le climat familial et les effets des relations parentales sur les enfants.

De façon globale, les violences conjugales ont des répercussions sur le développement psychomoteur, la scolarisation, la socialisation de l’enfant et la vie affective à long terme.

Selon l’âge de l’enfant, l’impact sera différent, plus l’enfant  a la capacité de penser sa situation, plus il pourra élaborer et donner sens à ce qu’il vit et moins il y a de risque grave pour son développement psychologique-affectif.

Stade prénatal

Dans 40% des cas, les violences conjugales débutent pendant la grossesse. Elles sont alors déjà subies par l’enfant.

Le fœtus est submergé par le stress de la mère et il y a alors des risques de fausses couches, accouchements prématurés, souffrance psychologique, cardiaque et neurologique pour le bébé.

Du ventre de sa mère, le bébé entend la voix de son père, ses cris, son agressivité, comment à la naissance cette voix peut-elle le sécuriser ?

A la naissance, le nouveau-né va être doublement en danger, directement par la violence de son père qui peut s’abattre sur lui, indirectement  par les violences que sa mère continue de subir et par les difficultés de sa mère à s’occuper de lui et à établir un lien mère-enfant de qualité du fait des violences.

Bébés

Il n’existe pas chez le bébé de manifestation singulière, il faut raisonner ici en termes d’indice.

Les bébés n’ont que peu de moyens pour faire face au stress de manière générale : leur corps parle pour eux et traduit les tensions dans des troubles somatiques : problèmes alimentaires, difficultés autour du sommeil, problème de peau… ou à l’inverse des bébés qui dorment tout le temps….

Mais aussi,  un retard staturo-pondéral, des pleurs inexpliqués trop fréquemment ou absence totale de pleurs (par craintes des conséquences), des difficultés à capter son attention ou une hypervigilance.

2 à 4 ans

Ils peuvent présenter les mêmes symptômes que les bébés mais cela va aussi se traduire dans leur comportement : agitation, instabilité, mise en scène des situations vécues au domicile (agressivité envers les autres enfants aux retours de weekend par exemple, recherche des limites et de punitions).

L’enfant peut également commencer à mettre en scène par le biais de jeux ce qu’il a pu voir ou entendre à la maison.

Début du SSPT /mémoire traumatique :

le syndrome de stress post traumatique (SSPT) est un trouble anxieux accompagné de symptômes physiques, psychologiques ou émotionnels ayant été déclenché par un événement douloureux ou bouleversant.

La mémoire traumatique  est une mémoire « fantôme » et hypersensible, prête à « exploser ». Elle fait revivre sans fins les violences lors de cauchemars, de flash backs ou de crises de panique.

Le SSPT va se traduire chez l’enfant par différents moyens : le simple fait pour l’enfant d’entendre un  bruit inattendu, un cri, un objet qui tombe, une porte qui claque peut alors déclencher la terreur. Si la mère a été blessée, la vue du sang peut aussi déclencher un état de panique. Si les violences ont lieu pendant les repas (très fréquent), l’enfant peut ne plus vouloir manger, idem pour le sommeil si les violences ont lieu la nuit.

C’est donc un enfant en état de peur permanent, qui a besoin d’être rassuré tout le temps, qui a des angoisses de séparation et qui est en état d’alerte et en hypervigilance (surveille sans arrêt les portes).

Ces divers symptômes peuvent donc commencer vers l’âge de 2 ans et n’ont pas de limite d’âge.

5 à 12 ans
  • SSPT
  • Troubles somatiques à l’excès: maux de tête, de ventre permanent, eczéma…
  • Enfant en repli, très timide, anxieux, qui semble avoir toujours peur, qui est dans une demande affective exagérée.
  • Enfant « trop  sage », « trop calme »: joue sans aucun bruit, qui gronde les autres où leur dit qu’ils sont méchants quand ils font du bruit. Cela laisse supposer qu’il n’a pas le droit d’être trop bruyant à la maison, que cela déclenche les scènes de violences.

Les femmes peuvent dire «  je faisais en sorte qu’ils ne fassent pas trop bruit »

  • Enfant avec une mauvaise estime de soi, qui se dévalorise tout le temps car c’est ce qui lui est renvoyé par l’auteur des violences ou au contraire qui est très exigeant avec lui-même : essaye d’être parfait et tente d’empêcher les violences en ne posant jamais de problème, il ne désobéit pas, ne se rebelle pas… il pense que c’est de sa faute qu’il est la cause si sa mère subie des violences.
  • Surinvestissement scolaire, un enfant qui ne joue jamais vraiment, il veut toujours faire « jouer à l’école », faire des exercices, pensant que s’il ramène des bons résultats les choses s’arrangeront. Ou à l’inverse, grosses difficultés scolaires (trouble de la concentration à l’école, impossibilité de travailler au domicile…)
  • « Enfant parent », qui a grandi trop vite, qui se sent constamment responsable des autres, surtout de la fratrie.
  • Les sentiments de culpabilité et de honte peuvent faire que l’enfant se coupe des autres. Sa relation aux autres peut s’exprimer avec une forme de violence (sous jacente ou active).
Adolescents
  • SSPT
  • Violences à l’égard des personnes fréquentées ou figures d’autorités (police, juge, médecin qui n’ont pas été capable de l’aider)
  • Repli dans la famille
  • Abus d’alcool ou de drogue
  • Fugues
  • Manque de respect à l’égard des femmes, convictions stéréotypées à l’égard du rôle de l’homme ou de la femme
  • Idées suicidaires