Les violences faites aux femmes sont universelles, elles n’épargnent  aucun pays, aucune culture, aucun milieu social. Elles sont inscrites dans un rapport social de domination et dans un continuum de relations inégalitaires entre les hommes et les femmes. La lutte contre les violences faites aux femmes passe par une réflexion et une déconstruction des rapports sociaux de genre entre les hommes et les femmes et des stéréotypes qui perpétuent les discriminations et les violences envers les femmes. « Tant que des actes violents (à l’égard des femmes) continueront à être perpétrés, nous ne pourrons prétendre à des progrès pour l’égalité, le développement et la paix » Koffi Annan – ancien secrétaire des Nations unies.

Depuis très longtemps, des mouvements de femmes (les suffragettes, le mouvement de libération des femmes, …),  des femmes plus isolées (Olympe de Gouges, Flora Tristan, …) et aussi quelques hommes (Stuart Mill, …) , théorisent et agissent pour que la condition des femmes évolue positivement, qu’elles soient reconnues comme individus à part entière, égales aux hommes et libres de leurs choix, de leurs vies, de leurs corps, … Et chemin faisant, des textes internationaux et des lois ont vu le jour pour le respect des droits des femmes, pour la condamnation et pour l’élimination des violences qui leurs sont faites.

Ainsi, parmi les plus récentes, la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite Convention d’Istanbul (2011), contraignante en droit positif, stipule qu’il « incombe à l’Etat, sous peine d’être en faute, de lutter efficacement contre cette violence sous toutes ses formes en prenant des mesures pour la prévenir, en protégeant les victimes et en poursuivant les auteurs».

En Europe, dans la plupart des pays, des instruments législatifs existent aujourd’hui pour faire respecter les droits des femmes et pour condamner les auteurs de violences. Cependant, le chemin est long et, même si les mentalités évoluent, la violence sexiste sous toutes ses formes est encore présente, notamment dans la société française.

Une de ses manifestations la plus massive s’appelle la violence conjugale.

En France , chaque année 220 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences graves physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime ou conjoint. 79 % des victimes des violences conjugales sont des femmes.

  • une femme décède tous les 3 jours victime de son compagnon
  • 109 femmes ont été tuées en 2016
  • 11 enfants ont été tués dans le cadre de violences au sein du couple, dont 9 mineurs.
  • 16 enfants mineurs étaient présents sur la scène de l’homicide.
  • 88 enfants sont devenus orphelins suite aux homicides au sein du couple.
  • 143 000 enfants vivent dans un foyer où leur mère a déclaré être victime de violence de la part de son conjoint ou ex conjoint. 42% d’entre eux ont moins de 6 ans.

pour l’ensemble de la société,  le coût des violences au sein du couple est estimé à 3,6 milliards d’euros annuels

Étude nationale sur les morts violentes au sein du couple

Enquête-cadre de vie et sécurité –  INSEE-ONDRP 2011/2016

Typologie des violences

Les violences conjugales sont des atteintes à l’intégrité de la personne. Elles ne se limitent pas aux violences physiques mais englobent aussi d’autres formes de violences, telles que les violences psychologiques, dont les effets dévastateurs sont mieux connus aujourd’hui.

Violences psychologiques Il s’agit d’une atteinte de l’intégrité psychique de l’autre, cela se manifeste par des insultes, cris, rabaissement, dénigrement, harcèlement téléphonique, contrôle permanent, isolement géographique et/ou social, …Elles causent des dégâts émotionnels majeurs et peuvent menées à des états dépressifs importants, voire suicidaires.

Violences physiques : Elles sont plus facilement repérables car elles peuvent laisser des traces visibles. Elles correspondent à toute action qui met en danger l’intégrité physique ou la santé corporelle de la victime.

Les femmes décrivent des violences telles que des bousculades, crachats, jets d’objets, coups de poing ou de pied, pincements, gifles, morsures, brûlures, tirage de cheveux, agression avec une arme blanche, strangulation, …

Violences sexuelles : Il y a violence sexuelle dès lors que le compagnon impose à sa compagne des actes ou des relations sexuels non consentis.

Elles se manifestent par du harcèlement sexuel, humiliations durant les rapports sexuels, injures, insultes, des positions sexuelles imposées et dégradantes, viol conjugal, …

Violences administratives et économiques : La violence administrative se caractérise par une privation des droits de la personne. Par exemple, Monsieur empêche Madame d’accéder à son courrier, à ses documents administratifs. Il fait en sorte qu’elle soit en difficulté pour le renouvellement de ses papiers si elle est étrangère, la menace de la faire expulser. La violence économique se manifeste par une privation, un contrôle des ressources financières et matérielles, une interdiction de travailler, une confiscation de la carte de crédit, du carnet de chèques, … L’objectif est de réduire l’autonomie de la victime et ainsi de limiter ses possibilités d’échapper à la relation conjugale en la maintenant dans une dépendance financière.

Violences physiologiques : Elles correspondent à la privation ou la limitation des  besoins de survie liés à la nature humaine comme respirer, se nourrir, dormir, se loger, se laver, se chauffer, …

 

L’emprise  et le cycle des violences 

« L’emprise est une relation de soumission de l’autre, considéré comme une simple chose. Elle s’établit au moyen de manipulations et de stratégies « perverses » plus ou moins subtiles qui se déploient dans les dimensio192bs interpersonnelles, familiales, institutionnelles, sociales et politiques. Elle constitue toujours un meurtre ou une tentative de meurtre psychique, le plus souvent symbolique, commis parfois pour la « bonne cause »… (Philippe Vergnes – in « comprendre l’emprise : la relation en-pire»)

L’emprise est une prise de pouvoir, progressive, stratégiquement élaborée par l’agresseur … Ce sont toujours les mêmes schémas et les mêmes stratégies que l’on retrouve dans les histoires des femmes victimes de violence.

L’agresseur manie l’art du « double lien », son discours est paradoxal, il reporte systématiquement la responsabilité de ses actes sur sa victime, la culpabilise subtilement et se trouve toujours « d’excellentes justifications ». L’auteur des violences utilise l’isolement, stratégie idéale pour porter sans risque une attaque. Il est expert pour monter les membres de la famille les uns contre les autres, attiser les antagonismes, colporter des rumeurs, divulguer des faux secrets, faire et défaire les alliances.

Le cycle des violences peut se décrire ainsi:  

tension, agression, justification/invalidation et rémission  

L’agresseur fait alterner des périodes d’accalmie et de violences psychologiques ou physiques. Il pratique une surenchère permanente : le moindre répit pourrait stimuler la réflexion, permettre une prise de conscience. Et il passe le plus souvent pour la victime de sa victime unanimement considérée comme responsable de la situation qu’elle endure.

Face à cette stratégie, la victime est de plus en plus fragilisée et ne peut plus se dégager de ce qu’elle vit au quotidien.  La femme perd confiance en elle et en autrui, elle devient   vulnérable, elle est dès lors soumise et sous l’emprise de son agresseur. … Sortir de l’emprise est un processus long, qui s’effectue par étapes,  d’autant que lorsqu’elle s’ouvre à autrui de son vécu, elle apparaît souvent comme confuse, ambivalente, … Combien de fois entend-on des phrases du genre « elle doit quand même aimer recevoir des coups car elle reste avec lui », « elle quitte le domicile, puis elle y retourne, elle ne sait pas ce qu’elle veut ! ». Comprendre la réalité de la situation et de l’emprise est une première étape pour se libérer des violences conjugales.

Les conséquences des violences

Les violences ont des effets sur la santé physique et psychologique de la femme, sa situation sociale, administrative, professionnelle, familiale, amicale,…

Les conséquences sur la santé sont nombreuses comme les lésions physiques  et traumatiques (ecchymoses, plaies, traces de strangulations, fractures, etc.). Mais la  femme peut développer aussi d’autres formes de maladies comme des ulcères, maladies somatiques, dépression, stress post-traumatique, tentative de suicide, dissociation dans les cas les plus graves, …

La violence d’un partenaire intime et la violence sexuelle peuvent entraîner des grossesses non désirées, des avortements provoqués, des problèmes gynécologiques, des MST, … Pendant la grossesse, cette violence augmente les risques de fausse couche, d’accouchements prématurés, …

Le plus souvent la femme présente une détresse psychologique ; elle est apeurée, stressée, angoissée, anxieuse. Elle se dévalorise, il y a une perte importante de l’estime de soi. Cependant,  certaines femmes exposent leur vécu de violences en banalisant les faits, minimisant les actes de violences, elles se montrent sûres d’elles, sans émotions et pourtant elles sont en grande souffrance.

Les conséquences sociales et administratives sont importantes : arrêt maladie, perte d’emploi, interdiction de travailler, pas de régularisation du titre de séjour, précarité  du logement, …

Beaucoup de femmes sont de plus en plus isolées et   ressentent  un fort sentiment de honte et de culpabilité. Leurs  relations sociales s’appauvrissent et progressivement un éloignement voire une rupture de lien avec leur entourage familial et amical se met en place.