Flora Tristan

Aristocrate déchue, Femme socialiste et Ouvrière féministe

FLORA TRISTAN est une femme de lettres, militante socialiste et féministe française, qui fut l’une des figures majeures du débat social dans les années 1840 et participa aux premiers pas de l’internationalisme.

Flora Tristan et sa mère se débattent  avec d’insurmontables difficultés financières, qui vont précipiter, à 17 ans, le mariage de la jeune fille avec un graveur en taille-douce, André Chazal, chez qui elle est ouvrière coloriste.

Cet homme est surtout jaloux, médiocre et très violent. Elle parvient néanmoins à s’évader d’une vie quotidienne où la femme est considérée comme une mineure incapable, par la lecture de Rousseau, Lamartine et surtout de Madame de Staël. Elle hait de plus en plus son mari. L’échec du mariage est total : femme battue, humiliée, séquestrée, elle réussit pourtant à le fuir en 1825, bien qu’enceinte de la dernière de ses trois enfants (Alexandre qui meurt à l’âge de huit ans, Ernest puis Aline qui devint plus tard la mère du peintre Paul Gauguin) . Malgré les menaces et les voies de fait de plus en plus graves, elle ne reprend plus jamais la vie commune.

Elle-même est emportée et impulsive et le couple va se déchirer pendant des années pour la garde des enfants. Le 10 septembre 1838, André Chazal lui perfore le poumon gauche d’un coup de pistolet.  Il est condamné à vingt ans de prison. Cette époque est conservatrice en matière de mœurs, et le divorce est interdit depuis 1816. Les juges accordent alors à Flora Tristan « la séparation de corps » (alors qu’ils étaient déjà séparés depuis près de dix ans).

Ce drame pousse Flora Tristan à se battre, pour le restant de sa vie, pour le droit des femmes à divorcer.

Flora Tristan voyage au Pérou en 1833, espérant se faire reconnaître par sa famille paternelle, mais à Arequipa, son oncle Pío de Tristán y Moscoso, noble péruvien, lui dénie l’héritage de son père vue sa condition de « bâtarde », mais accepte de lui verser une pension pendant quelques années.

La « paria » décide alors de rentrer en France après un court séjour à Lima, la capitale du pays. C’est un nouvel échec, mais ce voyage initiatique lui permet d’écrire son premier livre : Pérégrinations d’une paria. Le livre est mal reçu à Lima et son oncle Pío supprime la pension qu’il lui versait.

La militante engagée

Ouvrière dans les filatures, les imprimeries mais aussi femme de lettres, militante socialiste et féministe, Flora Tristan est l’une des figures majeures du débat social dans les années 1840. Elle est une figure forte du socialisme utopique. Son socialisme humanitaire est marqué par un sentiment religieux et mystique étranger à la lutte des classes.

Pour répandre ses idées, elle s’embarque, en 1843, dans « un tour de France », le circuit traditionnel des apprentis-compagnons. Son journal, publié posthumément, trace ses rencontres avec les femmes et les hommes ouvriers à travers la France. Elle n’achève néanmoins jamais son voyage. Elle meurt prématurément de la fièvre typhoïde le 14 novembre 1844 à Bordeaux. « Aristocrate déchue, Femme socialiste et Ouvrière féministe », comme elle aimait à se désigner, son ouvrage majeur sera publié après sa mort ,sous le titre L’Émancipation de la Femme ou Le Testament de la Paria.

Flora Tristan est souvent considérée comme une des premières féministes. Femme de lettres, ouvrière militante, fille rejetée, mère battue, elle semble avoir vécu et couvert toutes les facettes de la condition féminine dans ce qu’elle a de plus dur.

Parfois occultée par ses camarades masculins (Karl Marx, qu’elle n’a pas connu mais qui la cite dans La Sainte Famille, Proudhon, qu’elle a personnellement connu), elle apparaît de nos jours, de plus en plus, comme une figure majeure des luttes de la classe ouvrière et pour la condition féminine partout dans le monde.