Des mots pour comprendre, soulager, donner confiance

Dans le cadre d’un atelier témoignages organisé au Centre Flora Tristan, des femmes que nous avons accompagnées ont écrit ou dessiné pour vous.

Elles ont souhaité partager leurs expériences, avec l’espoir que celles qui subissent y trouveront de la force et que ceux qui ne comprennent pas, comprennent mieux !

Vous souhaitez partager, raconter votre parcours,

adressez-nous votre témoignage,

il sera publié sur cette page.

Vous pouvez choisir de rester anonyme ou non.

Rencontrer une professionnelle de la violence conjugale, c'est reposant !

C’est-à-dire que l’on peut enfin se poser, parce que, non seulement elle ne met pas en doute ce que l’on dit mais elle sait que c’est vrai, elle sait qu’aussi incroyable que cela paraisse, c’est la vérité; Parce qu’enfin quelqu’un comprend que ce que l’on dit c’est notre réalité quotidienne que c’est ce que nous vivons.

Elle ne nous dit pas qu’on aurait dû faire autrement, qu’on aurait dû essayer différemment, qu’on a mal interprété certaines choses. Elle nous explique que certains actes ou certaines paroles que nous n’avions pas soupçonnées comme des actes de manipulation, par naïveté (surtout au début de la relation) !  En fait, c’est déjà le début de l’engrenage, la mise sous conditionnement, pour nous amener à être sa chose, avec laquelle il peut faire ce qu’il veut.

Alors, Oui, c’est reposant, on peut enfin s’appuyer au dossier du siège, on peut enfin poser ses sacs de vigilance, relâcher ses muscles, se poser sans être sur le qui-vive, de s’entendre des reproches ou des « ce n’est pas possible il n’est pas comme ça, tu exagères, tu as mal compris, tu vois tout de travers » !

Lorsque l’on ressort de l’entretien on se sent plus légère et on peut se dire « non je ne suis pas mauvaise, non ce n’est pas de ma faute, non je n’ai pas inventé tout ce que j’ai subi c’est vrai »

En même temps c’est atroce de se rendre compte, de s’entendre dire que tout ce qu’il a fait de si horrible on l’a subi sans rien faire, parce qu’on ne voyait rien, parce qu’on ne savait pas que c’était anormal, parce qu’on voulait protéger les enfants, parce qu’on avait HONTE, tellement honte de toutes ces horreurs qu’il nous faisait croire, parce que nous étions conditionnées pour ne plus pouvoir refuser certaines choses, pour ne plus nous rebeller.

C’est dur, c’est si dur, et la question qui revient toujours et tout le temps, POURQUOI ? Pourquoi tant de méchanceté et comment? Comment arrêter la machination qui est en route et qui écrase tout sur son passage sans égards, sans sentiments tout ce qui peut servir à démolir celle qu’il a choisie pour être sa proie, sa victime pour toujours.

 

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Les enfants, nos enfants! Parce que ce sont les siens aussi !

Les protéger oui bien sûr mais comment ? Comment les prévenir de ce qui ne se voit pas ? De ce qu’ils prennent pour une attention enfin tournée vers eux, alors que ce n’est que machination pour continuer à me détruire !

Qu’ils ne sont qu’un instrument dont il se sert sans pitié, sans état d’âme, et sans hésiter à les broyer eux aussi?

Pourront-ils un jour me pardonner de leur avoir donné un père si destructeur ? Si un jour, ils comprennent les choses qui se sont passées, accepteront-ils de revenir vers moi ???

Et les gènes? Toute cette manipulation, toute cette perversité, toute cette violence, ce désir de détruire quelqu’un, est ce transmissible ???  Est-ce qu’un des enfants peut devenir la même horrible personne ? Peut faire à son tour autant de mal ?

Est-ce que j’ai pu mettre au monde des monstres de ce genre ? Est-ce que les valeurs que j’ai essayé de leur donner ont pu les influencer et les empêcher de devenir comme leur père ?

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"Je ne recommencerai plus" ou le cycle infernal de la violence

De regard en regard

De lèvres à lèvres

De peau à peau

De moi à toi

De toi à moi

De dos à dos

De mot en maux

De coups en coups

De larmes en larmes

De cris en cris

De pardons en pardons

De mots en maux

De coups en coups

De larmes en larmes

De cris en cris

De pardons en pardons…

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Femme battue, femme battante

Ça y’est, nous sommes enfin chez nous !

Cela fait quinze mois que nous avons quitté l’autre maison, celle où nous avons vécu tant de choses, belles, heureuses, éprouvantes, terribles.

Je me souviens parfaitement de cet instant, foudroyant, où quelque chose en moi a bougé, m’a poussée vers la sortie de cet enfer. Je suis assise dans le canapé, les enfants auprès de moi. Nous avons quitté la table, impossible de dîner, nous sentons la colère de leur père monter à nouveau. J’ai besoin d’un instant pour réfléchir à ce que je dois faire, là, maintenant.

Les enfants m’observent, inquiets. Ils attendent, figés.

Après-coup, je réalise que j’avais juste besoin de prendre ma respiration, avant de plonger dans l’inconnu et d’entraîner les enfants avec moi. J’avais besoin de prendre du souffle pour nous quatre, parce que je n’avais aucune idée de ce qui nous attendait, une fois que nous serions partis.

Curieusement, je ne ressentais plus la peur. La peur, l’humiliation, je me sentais prête à les laisser derrière nous. C’est une incroyable détermination que j’ai ressentie : je veux que cette souffrance s’arrête.

En quelques secondes, tout s’est joué, j’ai pu faire ce que je n’avais pas réussi à faire pendant des mois, des années. Je ne sais pas pourquoi ce déclic a eu lieu à ce moment précis. Mais je sais ce qui m’avait retenue auparavant : la culpabilité, l’illusion d’avoir plus à perdre qu’à gagner, la honte, l’épuisement, la peur …

La peur : partir pour aller où, par quoi commencer, je ne sais pas quoi faire ni comment. Et soudain : peu importe, je dois me protéger, protéger mes enfants, partir. Ma première étape : le commissariat. Il est 21h30.

Et puis, ensuite, se laisser porter. Parler, raconter, pleurer, désespérer, rassurer les enfants, accepter d’être en contact avec leur père, même si c’est douloureux, repousser ses limites, tenir bon.

Faire ce qu’il y a à faire, ce qu’on nous dit de faire, faire confiance à des étrangers. Des gens qui comprennent mieux que mes proches ce que je traverse là, maintenant. Des gens qui savent presque mieux que nous ce qui nous arrive.

La plainte, le dossier JAF, la demande de logement, la domiciliation, la scolarité des enfants, le quotidien, les angoisses, les insomnies, vivre à quatre dans une pièce, se sentir moins que rien, comme une merde, aller au travail tous les jours, faire semblant.

Et puis voir les enfants douter, ruminer, questionner, aller mal, m’en vouloir, me remercier, me crier dessus, me consoler …

Mais peu à peu, franchir les obstacles et retrouver sa dignité.

Puiser une énergie incroyable dans cette dignité retrouvée. Entendre ceux qui me soutiennent dire à mes enfants que je suis courageuse, voir dans les yeux de mes enfants une fierté qui avait disparu. Passer du sentiment d’être une mère humiliée, à celui d’être une mère digne.

Passer de la femme battue, à la femme battante. Reprendre confiance.

Je subissais des violences depuis treize ans

J’étais terrorisée et j’avais perdu toute confiance en moi. Isolée, j’avais peur pour moi et mes enfants. Je n’avais nulle part où aller et personne pour m’écouter. Dans un élan de désespoir, j’ai sonné l’alarme.

J’ai raconté mon calvaire à une assistante sociale qui m’a prise en main. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais été seule.

J’ai découvert qu’il existait une armée de femmes prêtes à combattre et lutter à mes côtés contre les violences faites aux femmes. Des professionnelles m’ont aidée à me mettre à l’abri, à reprendre le contrôle de ma vie. Un accompagnement psychologique m’a permis d’exprimer tout ce que j’avais vécu. J’ai beaucoup appris sur moi.

Il m’a fallu du temps pour me reconstruire et je pense que ce travail n’est pas tout à fait terminé. Néanmoins, je ne suis plus la même.

Aujourd’hui, je suis fière de mon parcours.

Je suis une jeune maman de trente-trois ans. J’élève trois enfants de 12, 8 et 3 ans. J’ai un travail dans lequel je m’épanouis. Je me sens forte et indépendante. Je garde juste le regret de ne pas avoir demandé de l’aide plus tôt. Mes enfants et moi aurions ainsi (peut-être) été moins traumatisés….

 

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Prends ma main

Il a pris mes vingt ans.

Et après quelques temps,

Mes rêves, ma joie et mon âme aussi.

Mon corps, un objet,  était à lui.

Celle que j’étais, ne devait plus exister.

Condamnée à ne plus être, j’ai tout risqué pour me retrouver.

J’ai connu la violence, le désespoir et la détresse.

Pour tout ce que j’ai enduré, je me fais la promesse

De ne plus jamais être esclave, de ne plus jamais oublier

Qu’en moi est la lumière, qu’en moi se trouve la clé.

Plus forte que jamais, mes chaînes brisées et la paix retrouvée,

A mon tour de t’aider.

Prends ma main.

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Les violences psychologiques

On ne peut comprendre certaines situations, si on ne les a pas vécues soi-même. Ou si on n’a pas vu un de ses proches les vivre. La manipulation, le harcèlement moral font partie de ces situations incompréhensibles vues de l’extérieur puisqu’on ne voit que la partie émergée de l’iceberg.

Alors il est facile de dire :

« Moi je n’accepterais pas ! Moi je partirais ! Pourquoi ne part elle pas ? Ça n’est pas possible que ça se passe comme ça ! Je ne le crois pas !!! Quelque part elle le veut bien ! Ça ne peut pas m’arriver à moi ! Ça ne peut pas exister !  »

Réactions normales pour eux, mais si dures à entendre pour nous. Nous qui sommes prises dans la toile d’araignée, engluées moralement, prisonnières physiquement conditionnées, manipulées, harcelées nuit et jour, critiquées, humiliées, rabaissées, réduites à néant. S’entendant dire qu’il est notre sauveur ! Que heureusement qu’il est là, sinon nous sombrerions, que nous sommes incapables de faire quelque chose sans lui !

Le pire c’est que la manipulation du pervers narcissique, le harcèlement moral, nous mettent en condition pour croire tout cela. Sans que l’on s’en rende compte puisque notre mental ne peux plus réagir. Il est comme drogué, anesthésié. Le cerveau se bat 24 h sur 24, 365 jours par an, pour essayer de maintenir nos fonctions vitales. Mais il ne peut gérer tous ces apports destructeurs.

Notre corps fait ce qu’il peut pour nous maintenir en vie, mais nos réactions, notre jugement, notre appréciation de la situation, tout est faussé comme si nous voyions à travers un miroir déformant. Le conditionnement ne nous permet plus d’avoir le recul nécessaire pour comprendre, pour nous rendre compte de l’ANORMALITE de ce qui se passe.

Et nos proches ne voient RIEN !!!

Ils ne peuvent pas nous mettre en garde, puisque en société il est toujours de bonne humeur, convivial, gentil, courtois, drôle même parfois.

Et ne dites surtout pas : « Il y a bien un moment où elle peut lui parler ». Non, Non et Non c’est impossible ! !  Il n’écoute rien, ne veut rien entendre. Le dialogue est impossible !

Il a forcément raison et nous, nous avons forcément tort. Nous finissons par croire que tout est de notre faute, qu’effectivement nous ne faisons pas ce qu’il faut. Nous culpabilisons pour tout.

Et puis il y a les enfants ! Nous devons les protéger. Ils ne peuvent pas assister à certaines scènes, à certaines discutions, ça les perturberait trop. Alors une fois de plus nous courbons l’échine, pour éviter le pire, pour ne pas envenimer la situation.

Et tout cela sans fin sauf lorsque le corps craque, la tête craque tout implose, et là . . .

La seule solution  c’est de se faire aider, voir des professionnelles, qui savent de quoi nous parlons.

Et qui peuvent nous sortir de ces griffes.

 

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A 64 ans, je renais

Pendant 35 ans, tout mon être a lutté contre les agissements insidieux, sordides, destructeurs de ce monstre qu’est cet homme qui a été mon mari. Mon corps, mes organes, mon cerveau, mon âme, mes muscles, ils se sont tous pris par la main aidés mutuellement, adaptés protégeant ma conscience pour que je puisse résister à toutes ces attaques, toutes ces mutilations mentales répétées, incessantes qui m’ont détruite.

Et au bout de 35 ans, exténuée, épuisée, j’ai craqué, TOUT A CRAQUE, mon corps entier, ma raison, mon cerveau, mon âme ont craqué, sont tombés, ont lâché prise. Aucune issue ne m’apparaissait, aucune raison de continuer la lutte puisque mes enfants étaient grands, partis de la maison, autonomes, je n’avais plus besoin de les protéger, ils pouvaient choisir leurs vies seuls.

Ensuite, pendant 11 années, j’ai eu d’autres luttes à mener, tout d’abord rester en vie, me faire soigner, comprendre ce qui m’était arrivé, ce que j’avais subi et que je n’avais même pas soupçonné pendant ces 35 années puisque je suis bien incapable encore aujourd’hui de comprendre qu’une personne peut vouloir délibérément faire autant de mal à celle qu’il dit aimer.

11 années de luttes difficiles voire impossibles, avec des petits hauts, des bas bien profonds, des professionnels pour m’aider, des bons, des très bons, des mauvais qui ne vous écoutent même pas, des gens qui comprennent, d’autres qui vous culpabilisent comme si c’était vous la coupable! De la famille, des amis qui vous soutiennent puis qui se lassent ou ne peuvent plus vous soutenir, des gens qui s’éloignent directement tout de suite, et ceux MERVEILLEUX, ADMIRABLES envers qui j’ai une reconnaissance et une affection éternelles qui sont là présents tout le temps, qui ne vous lâchent jamais, qui vous aident chacun à leur façon, mais sur qui vous savez que vous pouvez compter à chaque moment, qui vous le montrent et qui vous le disent!

Aujourd’hui grâce à mon médecin, à mes amis, à des professionnelles de la maltraitance conjugale et à d’autres soignants qui m’ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses que je ne comprenais pas, qui ont mis de la lumière là où je n’avais que le néant , la porte de ma prison s’est ENFIN OUVERTE , le carcan de souffrance et de douleur s’est fendillé et est tombé, je suis LIBEREE.

Je peux sortir, je veux sortir et je sors, je rejoins la vie. Je peux faire des choses sans être submergée par toutes ces humiliations et autres horreurs qui me rongeaient jusqu’à la moelle, je peux profiter pleinement de la nature qui me ressource, qui m’emplit de bonheur, je peux le faire et je le fais !

A 64 ans je renais, je découvre des choses, des sensations, des relations, des émotions que je ne connaissais pas ou si peu.

Bien sûr, j’ai encore du travail à faire sur moi, il y a encore  des embûches sur mon chemin, mais avec l’aide de toutes ces personnes je me sens capable de les appréhender et de les surmonter. Certaines cicatrices ne partiront jamais c’est sûr, mais ce ne sont plus des plaies béantes et douloureuses.

Il y a toujours l’absence de mes enfants qui me fait tant souffrir, qui fait un si grand vide dans mon cœur, mais j’essaye de garder espoir de les revoir un jour, de toute façon s’ ils veulent revenir vers leur maman, ils ne voudront pas voir une loque désespérée, mais une personne debout, celle qui a été capable de les élever de leur donner des valeurs importantes pour construire leurs vies, et qui est capable de gérer la sienne pleinement . . .

Alors peut-être un jour ? ? ?

Peut-être un jour aussi je pourrais avancer seule sur mon chemin sans tous ces professionnels qui me guident avec tant de patience, de tact et de douceur. Jusqu’à cette délivrance que je pressens aujourd’hui MERCI, MERCI à eux, MERCI à tous mes amis présents auprès de moi et si j’ai pu le faire, pourquoi  d’autres ne réussiraient elles pas ? Il faut croire en nos capacités même s’il a essayé de nous dire que nous n’étions capables de rien.

Même si on doit nous montrer le chemin et nous aider, ça vaut le coup de persévérer, je ne suis pas plus forte que d’autres, j’ai encore du mal à me faire confiance, à croire que je suis capable  de réussir  seule mais j’essaye, j’avance et j’espère bien réussir.

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Des dates marquantes

 Tout a commencé le 21 juillet 2013. Je n’oublierai pas quand j’ai dit au revoir à ma famille à l’aéroport. Quand il a serré mon père dans ses bras et qu’il lui a dit : « Je vais prendre soin de votre fille, je vais la garder dans mes yeux ». Je ne savais pas que je quittais un enfer pour en retrouver un autre. J’ai quitté un enfer que j’ai vécu pendant toute mon enfance pour vivre enfin heureuse, en paix et en toute liberté.

Deux mois après mon arrivée, j’ai commencé à découvrir son vrai visage. Il me tape, il m’insulte. Je n’avais le choix que de me mettre en silence et de me renfermer sur moi-même. L’alcool était la cause de ma souffrance. Je savais qu’à chaque fois qu’il buvait cela allait finir mal.

J’oublierai pas combien de fois je l’ai supplié de me laisser tranquille.

Combien de fois il m’a enfermée dans la salle de bain.

Combien de fois je me suis regardée dans le miroir sans me reconnaître.

Combien de fois j’ai dormi par terre parce qu’il en avait juste envie.

Combien de fois j’ai quitté le domicile en restant dans la rue jusqu’à ce qu’il m’appelle pour me donner l’autorisation de rentrer.

J’oublierai pas que j’étais perdue dans un pays étrange et seule….

J’oublierai pas les regards des voisins que je ne comprenais pas. Etait-ce de la haine, de la peur ou de la pitié ? Je me suis coupée de tout le monde pour éviter d’avoir à répondre à des questions. J’ai  menti à ma famille qui me demandait si tout allait bien, parce qu’il était à côté de moi et parce que je ne voulais pas montrer que j’étais triste. Je ne voulais pas que ce soit une victoire pour mon père. Je me suis adaptée à mon nouveau monde.  Je ne me rappelle plus  le nombre de fois où la police est intervenue, les pompiers, le Samu, les plaintes, les mains courantes, les hôpitaux, les tribunaux, les juges….. Rien ne l’arrête, il me bat quand il a envie.

J’ai fini par  accepter mon destin. J’étais une petite fille malheureuse et je finirai en femme malheureuse, jusqu’à la fin de mes jours. J’ai perdu le sourire, j’ai perdu le goût de la vie. Je vis sans but, ni rêve. Je ne me rappelle plus mes rêves de petite fille « une vie heureuse, une famille, un couple ». Pour les autres c’était une chose normale mais pour moi c’était un rêve…

Je me rappelle de ses amis qui lui disaient « Ta femme est belle et tu as de la chance, vous avez l’air d’un couple heureux». Mais au fond de moi des voix criaient « Tout ce que vous voyez c’est pas vrai  ! Je suis la prisonnière d’un monstre ». A travers ses regards, je savais ce que je pouvais dire ou pas. Il répondait à ma place quand il voyait que je n’étais pas bien, de peur que je raconte la vérité. Moi je pensais qu’il voulait m’apprendre la culture française mais en fait il voulait contrôler mes gestes.  Il m’a acheté des vêtements à son goût. Je sortais qu’en sa présence. Et si je sortais pour aller acheter du pain, je n’avais même pas le temps d’y aller qu’il m’appelait pour me demander où j’étais. Il m’a fait souffrir parce qu’un jour je lui ai raconté mes anciennes souffrances et je lui ai fait confiance. Il a utilisé mon passé pour me faire souffrir à nouveau.

Quand je suis tombée enceinte de mon fils j’étais heureuse. Je me disais il va me laisser tranquille. Mais non, rien ne l’arrête….. Il m’a battue, j’ai reçu des coups de pied. Ce qui me faisait mal c’est de savoir que mon fils pouvait ressentir ma souffrance. Alors, je chantais, je dansais en pensant que mon fils ne ressentirait pas ma souffrance. J’ai tourné mon dos pour protéger mon ventre des coups. J’ai protégé mon fils de son père, de toutes mes forces et avec tous mes moyens.

Le 3 avril 2015 notre fils est né. J’ai passé 5 jours à la clinique, heureuse. Je pensais que tout allait changer avec l’arrivée de notre fils. Mais non….il avait juste donné une image du père idéal devant le personnel de l’hôpital.

Une fois rentrés à la maison, tout a recommencé. Les violences ont recommencé. Notre fils avait 1 mois, il m’a tapé jusqu’à ce que je perde connaissance. Ce jour-là j’avais réussi à filmer la scène de violences, j’avais enfin une preuve. Il a été en garde à vue et je pensais que tout allait pouvoir s’arrêter. Malgré ça, il s’en est sorti.

Le 14 juin 2015, il a même été violent avec notre fils, il avait 2 mois. Il l’a jeté sur le lit. Ce jour-là, j’ai pris mon fils dans mes bras et j’ai quitté le domicile. C’était la 1ère fois que j’ai senti l’air de la liberté. Ce jour-là, j’ai répondu à l’appel de cette voix en moi qui me demandait de partir, depuis 2 ans. Ma maison était devenue ma prison quand il était là, j’avais le sentiment d’être une esclave,  son otage, de ne pas être libre même si j’étais libre. J’avais peur de la tombée du jour où il rentrait.

Et là je me suis dit, je ne reviens plus en arrière, je vais finir ma vie sans lui, moi, mon fils, l’avenir et prendre un nouveau départ. Je ne voulais pas revenir en arrière mais j’avais plein de questions. Où vais-je allée avec mon bébé ? Comment je vais y arriver, qui peut m’aider ? Ce sont des questions qui se sont mélangées  en moi durant les 4 jours que l’on a passé à l’hôpital. Et pour la 1ère fois, j’ai ignoré toutes les raisons qui me poussaient, avant, à revenir auprès de lui. Quand il me disait : « Tu rentres à la maison, on s’aime, tu as maintenant un enfant avec moi, tu as une famille ». Je n’oublierai jamais le personnel de l’hôpital qui m’a aidée à ne pas faire un pas en arrière. Médecin, infirmière, ils m’ont dit, on est là pour vous aider. Cela m’a rassurée et m’a donné du courage pour ne pas retourner à la souffrance, aux violences, …  Je me rappelle de ce médecin à qui j’ai posé la question : « Comment je vais faire pour élever mon fils seule ? » Sa réponse m’a encouragée quand il m’a dit « Regardez-moi, j’ai grandi dans un foyer seul avec ma mère » et que ce n’était pas une excuse pour rentrer à la maison.

Le 18 juin 2016 je suis rentrée à Flora Tristan et j’ai découvert ce monde que lui m’avait toujours caché en me disant «Si tu me quittes tu vas te retrouver dans la rue et personne ne va t’aider. La police te renverra au pays ». C’est là que ma bataille a commencé. J’ai découvert de l’aide, de l’écoute. J’ai trouvé une 2ème famille qui m’a soutenue psychologiquement, administrativement. Un an et demi maintenant sans lui, j’ai une vie normale, je profite de chaque moment que je passe avec mon fils, très loin des violences.

Aujourd’hui je suis une femme libre.

Merci à toutes les personnes qui m’ont orientée vers les bons chemins. Merci  Flora Tristan, je suis rentrée chez vous avec des ailes cassées et aujourd’hui grâce à vous je peux voler en toute liberté.

Aujourd’hui je sais que j’ai changé mon destin malheureux 

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La manipulation

Certaines personnes ont du mal à comprendre ce qu’est la manipulation, elles ont du mal à concevoir que « la proie » ne voit rien, ne se rebelle pas, ne part pas mais c’est un engrenage, un conditionnement qui anesthésie « la proie » pour l’empêcher de réagir, pour qu’elle ne puisse plus réfléchir de façon lucide ni prendre les décisions qui lui permettraient de s’échapper, de sortir de cet enfer.

D’autres pensent que ce sont des personnes faibles qui deviennent les « proies » de ces prédateurs, mais il faut absolument arrêter de penser cela ! Une personne trop faible n’intéresse pas le manipulateur, si elle craque tout de suite, il perd son « jouet », justement il choisit une personne intelligente parce qu’elle va essayer de comprendre ce qui n’a aucun sens sauf de détruire.

Il faut qu’elle soit forte pour résister, pour trouver des solutions qui évitent les mises en danger et qu’il puisse lui, jouir de les détourner, de passer outre ; il choisit aussi une personne courageuse pour supporter sans s’en rendre compte tous les disfonctionnements de son tortionnaire, maîtriser toutes les angoisses, les culpabilités, les humiliations qu’il lui inflige.

On pourrait comparer la manipulation à un poison qui serait mis goutte à goutte chaque jour dans la nourriture de quelqu’un.

La personne ne peut pas supposer que quelqu’un fait cela, mais le poison fait son travail de démolition jour après jour et détraque petit à petit l’organisme jusqu’à ce qu’il y ait trop de poison, que la personne devienne malade sans que l’on sache pourquoi et sans qu’elle puisse s’en relever. C’est indécelable et destructeur exactement comme la manipulation !

Et la honte, toute cette honte que l’on ressent, la honte de ce que l’on vit, de ce qu’il nous inflige, de n’avoir pas su partir, de n’avoir rien décelé !  Mais quand on arrive à en sortir ! Parce que on peut  arriver à en sortir, en étant forte, courageuse, persévérante, en se faisant aider par des professionnelles on peut finir par sortir de l’enfer et Là ! ! !

C’est comme une deuxième naissance, on ne voit plus le monde à travers des grilles, de loin, ou comme quelque chose de dangereux ; on vit dedans, on découvre un monde plein de couleurs, de soleil (même quand il pleut !), on éprouve des sensations au contact de la nature, des personnes que l’on ne pouvait pas ressentir puisque trop submergée par la vigilance permanente, la souffrance.

On peut profiter des choses que l’on voit, que l’on fait, librement, sans crainte des reproches ou des violences qui vont suivre puisqu’il n’y en a plus ! On peut choisir ! Ce que l’on veut faire, comment le faire, quand le faire. Il n’y a plus l’obligation de penser à faire comme il l’exige, quand il le veut et comme il le veut sous peine de réactions violentes, d’humiliations.

Et le plaisir de rentrer chez soi ! Chaque fois renouvelé puisque là aussi il n’y a plus la peur des reproches, des représailles pour tout ou rien. On peut aménager son chez soi à notre goût sans critiques, l’entretenir comme on le veut, sans pressions et surtout, surtout il n’y a plus personne pour saccager volontairement le travail accompli ou ne pas le respecter, se faire à manger sans exigences à satisfaire sous peine de critiques, de représailles.

NOUS SOMMES LIBEREES ! Tant de choses nous paraissent nouvelles ou différentes, des plus petites aux plus grandes, on a l’impression d’avoir tant de possibilités devant nous et surtout celles de choisir et de décider sans explications à fournir, sans excuses à donner, sans recevoir de paroles blessantes ou humiliantes sur nos choix.

Et ce sentiment de libération, il n’est pas éphémère ! Il est bien là présent chaque jour, chaque nuit, chaque instant, nous pouvons le savourer, l’expérimenter, en profiter avec joie, avec ceux que l’on aime et on peut retrouver ceux qui nous aimaient, les recontacter, les côtoyer, vivre des moments heureux avec eux, fini ce vide autour de nous.

 

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